Le secrétaire d’État à la Communication, Dr Jean Willio Patrick Chrispin, a réagi aux critiques formulées par la Fondasyon Je Klere (FJKL) concernant le contrat signé par le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avec une firme étrangère chargée d’accompagner l’Administration générale des douanes (AGD) dans le renforcement des mesures de sûreté.
Lors de sa première interview depuis sa prise de fonction sur la radio Scoop FM, le Secrétaire d’État à la Communication gouvernementale a défendu cette initiative en affirmant que la lutte contre la contrebande constitue un enjeu majeur pour la sécurité nationale et pour l’économie du pays.
Selon Patrick Chrispin, l’ampleur du phénomène justifie des actions fermes de l’État. « En moyenne, près de 4 000 conteneurs entrent, depuis des lustres, chaque mois en Haïti hors du circuit douanier, ce qui représente environ 8 millions de dollars par mois qui échappent, au moins, à l’État et alimentent des réseaux mafieux », a-t-il déclaré. Sur une année, ces flux illégaux pourraient atteindre 96 millions de dollars, une manne financière qui profiterait largement aux groupes criminels opérant dans le pays.
Le Secrétaire d’État estime que ces circuits clandestins ne constituent pas seulement une perte économique, mais aussi une menace directe pour la sécurité publique. « Quand un conteneur passe hors circuit, cela facilite la contrebande et peut aussi permettre l’entrée d’armes et de munitions », a-t-il expliqué. Plusieurs rapports et analyses sur la situation sécuritaire en Haïti indiquent que les armes utilisées par les gangs transitent souvent par des circuits commerciaux détournés, notamment via des cargaisons ou des routes frontalières faiblement contrôlées.
Ces réseaux alimentent directement la puissance financière et criminelle des groupes criminels. « Les gangs collectent ces ressources pour renforcer leurs activités et se procurer des armements illégaux », a soutenu Patrick Chrispin.
Face à cette réalité, le gouvernement estime nécessaire de moderniser les mécanismes de contrôle douanier. La collaboration avec une firme spécialisée vise notamment à améliorer la surveillance des cargaisons, à renforcer la traçabilité des conteneurs et à limiter les entrées illégales de marchandises et d’armes sur le territoire. Selon les autorités, le coût du contrat sera compensé par les revenus générés grâce à une meilleure perception des droits et à la réduction de la contrebande. « Il s’agit d’un accord dans lequel l’État sortira gagnant à la fois sur le plan économique et sur le plan sécuritaire », assure-t-il.
La FJKL, dans un rapport récent, critique cependant certains contrats signés par le gouvernement avec des entreprises étrangères, estimant qu’ils pourraient compromettre la souveraineté nationale ou entraîner des coûts élevés pour l’État..
Patrick Chrispin soutient pour sa part que ce partenariat permettra à l’État de sortir doublement gagnant. D’une part, les sommes qui alimentaient auparavant les réseaux de contrebande pourraient désormais être récupérées, à leur juste valeur, par l’administration douanière. « Si l’État perd près d’1 milliard de dollars par an à cause de la contrebande, ce contrat donnera à la douane les moyens de récupérer une grande partie de ces ressources », a-t-il expliqué. Selon lui, ces recettes supplémentaires pourraient être réinvesties dans des secteurs essentiels tels que l’éducation, la santé et les projets de développement.
D’autre part, le Secrétaire d’État estime qu’un meilleur contrôle des frontières et des flux commerciaux contribuera à améliorer le climat de sécurité dans le pays. Un environnement plus stable et plus transparent pourrait favoriser les investissements et attirer des capitaux importants sans risque majeur. « L’objectif est de construire un État fort, capable de protéger ses ressources et de créer les conditions d’une véritable relance économique », a conclu Patrick Chrispin.
Frantz Jean-Louis
