L’Accord à tendance collégiale ayant donné naissance au CPT arrive à son terme le 7 février. À défaut d’une entente politique réelle ou d’un consensus clair autour de la désignation d’un Premier ministre, une stratégie de captation forcée du pouvoir semble s’installer durablement comme norme politique.
Ce procédé n’est pas nouveau. Le président élu Jovenel Moïse en fut la principale victime, non pas par déficit de légitimité populaire, mais par l’érosion méthodique de l’ordre constitutionnel, sous couvert de compromis politiques successifs. Ce qui inquiétait hier est aujourd’hui institutionnalisé.
Plus grave encore : ce glissement est désormais conditionné, puis dépassé, par une double dynamique dangereuse.
D’un côté, une internationalisation de l’exception, tolérée au nom de la “stabilité”.
De l’autre, l’avarisme d’une classe politique haïtienne qui a appris à prospérer dans l’absence de règles, dans le flou juridique et dans la prolongation artificielle des transitions.
Face à cette dérive, une question fondamentale s’impose :
Allons-nous continuer dans cette logique d’exception permanente, ou retourner au mot du droit ?
Pendant que ce débat est évité, le commerce de l’insécurité prospère.
L’insécurité n’est plus un accident : elle devient une économie, un levier de négociation, un outil de pression politique. Elle s’imbrique dans un complot de déstabilisation sociale, aux racines à la fois locales et coloniales, où l’affaiblissement de l’État sert d’alibi à toutes les ingérences.
Haïti ne manque ni de textes, ni de principes.
Elle manque de volonté politique de respecter le droit, et de courage pour rompre avec la normalisation du chaos.
À l’approche du 7 février, l’enjeu n’est donc pas seulement institutionnel.
Il est moral, juridique et historique.
Continuer l’exception, c’est entériner la faillite de l’État.
Revenir au droit, c’est rouvrir la possibilité d’une République.
Très Révérend Rudy Laurent
