L’alignement de plusieurs acteurs politiques et signataires de l’Accord du 4 avril 2024 derrière l’offensive du CPT visant à révoquer Didier Fils Aimé a marqué un tournant décisif ; non pas contre leur adversaire, mais contre eux-mêmes. Cette manœuvre, conçue comme une stratégie de survie politique, s’est révélée être une erreur majeure de calcul.
En choisissant une logique d’affrontement institutionnel dépourvue d’alternative crédible, ces acteurs ont renoncé à toute capacité d’initiative. De forces de proposition, ils se sont transformés en instruments d’une dynamique qu’ils ne maîtrisent plus. Ce repositionnement les a enfermés dans une impasse où la contestation tient lieu de projet et où l’agitation supplée l’absence de vision.

L’offensive contre Didier Fils Aimé, loin de produire l’effet recherché, a mis en lumière une réalité plus profonde : l’absence de cohérence stratégique face à une communauté internationale déjà en posture d’anticipation. Le Département d’État américain, loin d’être pris de court, avait intégré ce scénario comme une hypothèse probable, en neutralisant par avance ses marges d’impact diplomatique.
Entre-temps, certains acteurs qui se définissent comme forces de prévention face à l’évolution actuelle du contexte politique ont déplacé le débat vers des figures historiques ayant joué un rôle structurant dans les cycles de gouvernance récents. Cette lecture met en évidence neuf personnalités centrales, souvent perçues comme les piliers d’un pouvoir arrivé à maturité : Jean-Bertrand Aristide, Jocelerme Privert, Ariel Henry, André Michel, Moïse Jean-Charles, Claude Joseph, Lucien Ligondé, Kiko St-Rémy et Pierre Espérance.
L’enjeu soulevé n’est pas tant la responsabilité individuelle que la persistance d’un modèle politique fondé sur la reconduction des mêmes référents, au détriment d’un renouvellement institutionnel et générationnel pourtant largement attendu par la société haïtienne.Dès lors, la violence politique et les tentatives de déstabilisation apparaissent comme les ultimes leviers d’acteurs à bout de souffle.
Mais utilisés en dehors de tout projet national structuré, ces leviers accélèrent la disqualification de cette classe politique aux yeux de la population. L’histoire récente d’Haïti est pourtant éloquente : chaque fois que la politique renonce au droit pour se réfugier dans la confrontation stérile, elle signe son propre effacement.
En s’alignant derrière l’offensive du CPT pour révoquer Didier Fils Aimé, ces forces ont scellé leur propre tombe politique. Ce choix ne consacre ni une victoire morale ni un rééquilibrage institutionnel ; il entérine la fin d’un cycle , celui d’élites incapables de se réinventer, prisonnières de leurs réflexes et durablement déconnectées des attentes profondes du peuple haïtien.
Révérend Rudy Laurent
