La publication de « Perplexité No 32 » par Himmler Rébu se veut une réflexion grave sur l’impasse nationale. Pourtant, à la lecture attentive du texte, une question s’impose : s’agit-il réellement d’une contribution à la sortie de crise ou d’une nouvelle manœuvre rhétorique destinée à fragiliser davantage un équilibre déjà précaire ?
L’ancien colonel ne peut échapper à son propre passé. Son implication dans une tentative de renversement du général Prosper Avril à la fin des années 1980 appartient à l’histoire politique récente du pays. On peut évoluer, certes. Mais l’autorité morale ne se proclame pas : elle se construit sur la cohérence entre les actes d’hier et les positions d’aujourd’hui.
Dans sa chronique, Rébu dénonce l’incohérence institutionnelle, suggère des lectures contestables des mécanismes constitutionnels et entretient une suspicion généralisée à l’égard des autorités en place. Cette posture critique permanente, sans offre politique claire ni base électorale démontrée, interroge. Depuis la fondation du Grand Rassemblement pour l’Évolution d’Haïti (GREH), son discours n’a jamais trouvé une traduction significative dans les urnes. La légitimité démocratique ne se mesure pas au volume des chroniques, mais à l’adhésion populaire.
Le pays traverse une crise sécuritaire et institutionnelle d’une gravité exceptionnelle. L’heure devrait être à la consolidation, à la restauration de l’autorité de l’État et à la préparation d’élections crédibles. Or, les textes à répétition, nourris d’indignation et d’ambiguïtés, risquent davantage d’alimenter la déstabilisation que d’ouvrir des perspectives vers le rétablissement de la sécurité.
La Nation n’a pas besoin de perplexités successives. Elle a besoin de constance, de responsabilité et d’un engagement clair en faveur de la stabilité. Toute parole publique, surtout lorsqu’elle émane d’un acteur au passé controversé, doit désormais être évaluée à l’aune de sa capacité réelle à servir l’intérêt national, et non à raviver les fractures.
Jean-Claude Alcimé
