Considéré depuis plusieurs années comme l’un des piliers du dispositif politique de Jean-Charles Moïse, président du parti Pitit Dessalines, le docteur Jean-Willio Patrick Chrispin affiche aujourd’hui une divergence de taille avec l’ancien candidat à la présidence de 2016. Cette fracture apparaît au grand jour dans le bras de fer institutionnel opposant cinq conseillers-présidents au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, autour de l’initiative visant à mettre fin à son mandat.
Alors que Patrick Chrispin, analyste politique chevronné et ancien conseiller du président Jovenel Moïse, appelle ouvertement à l’arrestation des cinq conseillers-présidents impliqués dans la tentative de révocation du chef du gouvernement, Jean-Charles Moïse adopte une position diamétralement opposée. Pour Chrispin, cette démarche constitue un « crime contre l’intérêt supérieur de la Nation », d’autant plus qu’elle intervient à une vingtaine de jours seulement de la fin de mandat des conseillers, telle que prévue par l’accord du 3 avril 2024.
À l’inverse, Jean-Charles Moïse estime que l’acte posé par les cinq conseillers est conforme à l’esprit et à la lettre de la Constitution. Selon l’ancien sénateur du Nord, le Premier ministre serait déjà révoqué dès lors que la résolution mettant fin à ses fonctions a été signée par les conseillers-présidents. Une lecture juridique toutefois contestée par plusieurs constitutionnalistes et acteurs politiques, qui rappellent que, sans validation du coordonnateur du Conseil présidentiel de transition et sans publication au journal officiel Le Moniteur, ladite résolution demeure juridiquement inopérante.
Dans la lecture politique portée par le docteur Jean-Willio Patrick Chrispin, l’opiniâtreté idéologique s’adosse à une foi profonde dans les principes démocratiques pour nourrir une volonté ferme de rupture avec ce qu’il qualifie de dérives et d’impostures politiques. De cette alliance entre obstination politique et crédulité populaire émergerait, selon lui, un sursaut citoyen visant à déconstruire l’œuvre des charlatans du pouvoir et à rétablir l’exigence de responsabilité publique.
Cette divergence dépasse le simple cadre d’une interprétation constitutionnelle. Pour certains observateurs, les prises de position répétées de Patrick Chrispin traduisent une capacité d’anticipation des décisions de la communauté internationale, en particulier celles des États-Unis, dans un contexte de tensions croissantes entre les deux têtes de l’exécutif. Une situation qui alimente interrogations et spéculations sur le poids réel de l’analyste politique sur l’échiquier national et sur son éventuelle influence dans les cercles décisionnels américains.
D’aucuns se demandent ainsi quel rôle exact joue Patrick Chrispin dans la politique étrangère américaine vis-à-vis d’Haïti. Est-il consulté par le département d’État avant certaines décisions majeures ? Sa « longueur d’avance » sur les positions américaines est-elle liée à sa formation aux États-Unis, à son réseau international ou à une simple lecture fine des rapports de force diplomatiques ? Autant de questions qui restent sans réponses officielles.
Cette divergence entre Jean-Charles Moïse et son conseiller spécial soulève également la question de l’avenir de leur collaboration, qui dure depuis plus d’une quinzaine d’années. Assiste-t-on à la fin d’une alliance politique historique ou à un refus assumé de Jean-Charles Moïse de s’aligner sur les orientations de la communauté internationale ?
Dans un contexte marqué par des sanctions américaines récemment imposées à deux conseillers-présidents, certains nationalistes estiment que Patrick Chrispin pousse trop loin sa lecture politique. D’autres, plus pragmatiques, considèrent au contraire que l’analyste ne fait que dévoiler, avec lucidité, les développements à venir, notamment lorsque Washington évoque une menace pour la sécurité de l’hémisphère et des accusations de complaisance envers des groupes criminels armés.
Mario Jean-Pierre
