La décision des cinq conseillers présidentiels visant à révoquer le Premier ministre continue de susciter de vives réactions dans les milieux juridiques. Invité ce mercredi 28 janvier 2026 à l’émission Panel Magik sur Radio Magik-9, le Dr Josué Pierre-Louis, professeur d’université et ancien secrétaire général du Palais national, a qualifié cette démarche de « vaste plaisanterie », estimant qu’elle ne repose sur aucune base légale.
S’appuyant sur le décret portant création et organisation du Conseil présidentiel de transition (CPT), publié dans Le Moniteur le 27 mai 2024 (179e année, spécial no 23), le juriste rappelle qu’« à aucun moment le texte n’accorde au CPT le pouvoir de révoquer un Premier ministre de manière unilatérale ».
« Le décret est clair. Le Conseil présidentiel ne peut pas révoquer le chef du gouvernement sans l’aval de l’Organe de contrôle de l’action gouvernementale (OCAG) », a déclaré le Dr Pierre-Louis, soulignant que cet organe n’a pourtant jamais été mis en place.
Il a particulièrement insisté sur l’article 37 du décret, qui encadre strictement les conditions de fin de fonctions du Premier ministre. Celui-ci stipule :
« En cas de présomptions graves de corruption dûment constatées ou de déficit de gouvernance documenté et présenté par l’Organe de contrôle de l’action gouvernementale (OCAG), le Conseil présidentiel de transition met fin aux fonctions du Premier ministre par la présentation par celui-ci de la démission de son gouvernement. »
Pour le professeur de droit, l’absence de l’OCAG rend toute procédure de révocation juridiquement impossible.
« On ne peut pas invoquer un mécanisme qui n’existe pas. Tant que l’OCAG n’est pas créé, aucune révocation n’est légalement valable », a-t-il martelé à l’antenne.
Interrogé sur le précédent lié à l’ancien Premier ministre Garry Conille, le Dr Pierre-Louis estime que cette décision avait déjà été prise « en dehors du cadre prévu par le décret », ajoutant que l’illégalité d’hier ne saurait justifier celle d’aujourd’hui.
« Le droit ne fonctionne pas sur la base du rapport de force, mais sur le respect des textes », a-t-il conclu, appelant les autorités de transition à revenir à la légalité afin d’éviter une dérive institutionnelle.
Mario Jean-Pierre

