L’ancien député de Kenscoff, Alfredo Junior Antoine, figure parmi les personnalités haïtiennes sévèrement mises en cause dans le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti. Les experts lui attribuent notamment des liens avec des groupes armés et un rôle présumé dans plusieurs activités criminelles dans la région de Kenscoff.
Selon le rapport, Alfredo Antoine aurait commencé, dès 2016, à armer et soutenir des groupes de jeunes de la zone, initialement utilisés comme instruments politiques. Certains de ces groupes auraient ensuite évolué en gangs. Les experts l’accusent également d’avoir eu recours à des hommes armés dans des affaires d’enlèvements, de détentions illégales, d’intimidation d’adversaires politiques et de spoliation.
L’une des accusations les plus graves concerne l’attaque du 27 janvier 2025 à Kenscoff. Le Groupe d’experts affirme que l’ancien parlementaire aurait été « l’un des principaux commanditaires » de cette opération meurtrière. L’attaque aurait fait plus d’une centaine de morts et aurait été accompagnée, selon le rapport, de violences sexuelles, de pillages et d’incendies.
Les enquêteurs de l’ONU évoquent également des contacts réguliers entre Alfredo Antoine et plusieurs figures du milieu armé, notamment Dady Paul, alias Didy, ainsi que Vitelhomme Innocent. Le rapport fait par ailleurs état d’un rôle présumé dans la fourniture d’armes, de munitions et de ressources financières à la coalition Viv Ansanm.
Les experts mentionnent enfin plusieurs affaires judiciaires impliquant l’ancien député, dont des arrestations antérieures pour fraude et appropriation illicite de biens. En avril 2025, il avait de nouveau été arrêté pour des faits comprenant notamment le financement d’organisations criminelles et la complicité de meurtre, avant d’être libéré en mai.
Contacté par le Groupe d’experts, Alfredo Antoine a rejeté les accusations et nié tout lien avec les gangs. Les experts indiquent avoir examiné sa réponse, tout en maintenant leurs conclusions.
Ces éléments constituent les constatations du Groupe d’experts et ne valent pas, à eux seuls, condamnation judiciaire.
Mario Jean-Pierre

