Il y a une justice immanente, presque divine, à observer l’arrogante métropole s’effondrer aujourd’hui sous le poids de sa propre déchéance morale. Pendant des décennies, Paris s’est érigée en procureur universel, distribuant avec condescendance ses brevets de civilité tout en pointant du doigt la prétendue « déréliction » des institutions haïtiennes.
Aujourd’hui, le miroir impérial est brisé. L’actualité nous offre le spectacle d’une France macroniste structurellement ingouvernable, socialement dolente, et politiquement en état de putréfaction. Ce pays en décomposition, qui prétendait régenter le monde, n’est plus qu’un cadavre institutionnel qui feint d’être vivant.
Regardez cette France d’aujourd’hui qui ose encore regarder Haïti avec le mépris de l’ancien maître. Son modèle républicain, tant vanté, s’est mué en une tyrannie managériale abjecte. Incapable de formuler le moindre consensus national, le pouvoir exécutif français ne gouverne plus : il violente. Il mutile ses propres citoyens sur les places publiques lorsqu’ils réclament la dignité, il piétine le suffrage universel par des artifices constitutionnels autoritaires, et il abandonne ses classes populaires à la misère psychologique et matérielle.
L’injustice contre ses propres enfants déshabille définitivement cette puissance de toute légitimité. Le prétendu « pays des Droits de l’Homme » est devenu le laboratoire du totalitarisme soft et du mépris de classe. Comment un État aussi barbare envers son propre peuple peut-il s’arroger le droit d’enseigner la gouvernance à la première nation noire libre du monde ?
Ce naufrage occidental n’est pas un accident de l’histoire, c’est un retour de bâton karmique. Le chaos artificiel que l’impérialisme tente d’assigner à Haïti n’est pas une fatalité endogène, c’est l’onde de choc du plus grand crime financier de l’histoire humaine. En 1825, sous la menace terroriste d’un blocus naval, la France a extorqué 150 millions de francs-or à la jeune République haïtienne. C’était le prix infâme exigé par les bourreaux pour que les victimes rachètent une liberté qu’elles avaient déjà conquise par les armes et le sang à la Crête-à-Pierrot et à Vertières.
Cette double dette de l’indépendance n’était pas un accord diplomatique, c’était un viol économique programmé. Pendant plus d’un siècle, l’or d’Haïti a été siphonné pour bâtir les banques françaises, financer la Tour Eiffel et engraisser les actionnaires du Crédit Industriel et Commercial (CIC). La prétendue grandeur française s’est nourrie de l’asphyxie financière d’un peuple libre. Le sous-développement d’Haïti a été entièrement planifié, financé et exécuté par l’État français.
Que les choses soient claires : Haïti n’est pas la déréliction politique et institutionnelle de la France. Nous refusons vos grilles de lecture moribondes et vos compassions humanitaires de façade. Face à une France affaiblie, moralement corrompue et historiquement criminelle, le désidérata historique du Peuple Haïtien se dresse comme un impératif révolutionnaire absolu et non négociable. Nous ne demandons pas de pardon, nous n’exigeons pas d’excuses de polichinelle. Nous exigeons la restitution intégrale et immédiate de la dette de l’indépendance, augmentée des intérêts séculaires. Les crises internes de Paris ne nous importent pas ; la France doit payer, impérativement et immanquablement.
L’Histoire n’efface pas les dettes de sang et de pillage, et le peuple haïtien se tient debout pour réclamer, jusqu’au dernier centime, ce qui lui a été volé.
Docteur Jean Willio Patrick ChrispinAncien Secrétaire d’État à la Communication
