Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti met en cause l’ancien sénateur du Nord et dirigeant de Pitit Dessalines, Jean-Charles Moïse, dans le fonctionnement du lucratif commerce des civelles, communément appelées « zangi ». Les accusations portent notamment sur son influence présumée dans la chaîne d’exportation, les douanes et les mécanismes de délivrance des permis.
Dans son rapport final, publié sous la référence S/2026/714, le Groupe affirme que le secteur haïtien des civelles serait « largement dominé par Jean-Charles Moïse ». Les experts estiment que son réseau exercerait une influence sur la désignation des personnes travaillant au bureau chargé des permis d’exportation, ainsi que sur certaines structures relevant du ministère de l’Agriculture et de l’administration douanière.
Selon le rapport, « Mr. Moïse’s network decides who works in the office that issues elvers export permits ». Le Groupe affirme également que l’ancien sénateur exercerait une influence sur plusieurs étapes de la chaîne, « from exploitation to trade ».
Les accusations deviennent plus précises concernant les douanes. Les experts affirment que « Mr. Moïse puts pressure on some customs officials to give in to his tax-evasion demands ». Selon des témoignages recueillis par le Groupe, les agents qui refuseraient de se conformer à ces demandes risqueraient des mutations ou des représailles, tandis que certains auraient été confrontés à des propositions de pots-de-vin.
Le rapport associe également Jean-Charles Moïse à un « syndicate of illicit exporters linked to a wider regional network operating » dans les eaux de la Caraïbe. Pour les experts, ce système contribuerait à « weakening Haiti’s economy » tout en favorisant des réseaux régionaux de contrebande.
Le Groupe souligne que le commerce des civelles est particulièrement lucratif : leur prix international peut atteindre plusieurs milliers de dollars le kilogramme. Il recommande notamment aux autorités haïtiennes de renforcer la réglementation du secteur.
Ces éléments constituent des accusations et conclusions du Groupe d’experts, et non une condamnation judiciaire de Jean-Charles Moïse. Le rapport doit ainsi être lu comme un document d’enquête destiné notamment à éclairer le Conseil de sécurité dans le cadre du régime de sanctions concernant Haïti.
Mario Jean-Pierre
