Depuis plusieurs mois, le Gouvernement multiplie les signaux en faveur de la moralisation de la vie publique. Dans un contexte marqué par la lutte contre la corruption, l’insécurité et l’affaiblissement des institutions, les autorités ont cherché à démontrer leur volonté de rompre avec certaines pratiques du passé. Des personnalités frappées de sanctions internationales ou associées à des soupçons de corruption et de soutien à la violence ont été progressivement écartées de plusieurs espaces de décision afin de préserver la crédibilité de l’État.
Cette volonté affichée répond à une attente légitime de la population. Les citoyens réclament davantage de transparence, de responsabilité et d’exemplarité de la part de ceux qui dirigent les institutions publiques. Toutefois, cette démarche ne saurait être sélective. Pour être crédible, elle doit s’appliquer à l’ensemble de l’appareil étatique, y compris aux organismes stratégiques chargés de la collecte des ressources publiques.
À cet égard, le maintien de Gérald Remplais à la tête de l’Administration générale des douanes (AGD) soulève de nombreuses interrogations. Son administration est régulièrement associée à des controverses qui alimentent les débats au sein de l’opinion publique. Entre conflits persistants avec une partie des employés, dénonciations de pratiques administratives contestées et interrogations entourant certains dossiers judiciaires sensibles, l’institution peine à retrouver la sérénité nécessaire à son bon fonctionnement.
Des organisations de douaniers ont dénoncé à plusieurs reprises ce qu’elles considèrent comme une gestion autoritaire de l’institution, marquée par le refus du dialogue social et par des mesures disciplinaires perçues comme des tentatives de museler toute revendication syndicale. D’autres critiques portent sur des interventions dans des dossiers faisant l’objet d’enquêtes judiciaires. Si ces allégations relèvent des autorités compétentes et doivent être examinées dans le strict respect de la présomption d’innocence, leur accumulation n’en demeure pas moins préoccupante pour l’image de l’administration publique.
Par ailleurs, les performances de l’AGD continuent de susciter des questionnements. Alors que les besoins financiers de l’État sont considérables, certains observateurs s’interrogent sur l’évolution des recettes douanières et sur les mécanismes utilisés pour atteindre certains objectifs budgétaires. Là encore, seule une transparence totale permettra de dissiper les doutes et de renforcer la confiance.
La question qui se pose aujourd’hui n’est donc pas uniquement juridique. Elle est également politique et morale. Un Gouvernement qui affirme vouloir assainir la gestion publique et écarter toute personne susceptible de ternir l’image de l’État ne doit-il pas appliquer les mêmes principes à l’intérieur même de son administration ?
Dans un pays où la confiance envers les institutions demeure fragile, les symboles comptent autant que les résultats. Pour beaucoup, un changement à la tête de l’Administration générale des douanes constituerait un geste de cohérence avec les engagements de moralisation pris par les autorités. Car la crédibilité de l’État repose avant tout sur sa capacité à appliquer à lui-même les exigences qu’il entend imposer à tous.
Jean-Samson Étienne
