La rentrée judiciaire ne devrait-elle être célébrée que lorsque l’État fonctionne parfaitement, que les tribunaux couvrent l’ensemble du territoire et que la sécurité est garantie partout ? À lire certaines critiques adressées aux vœux de Me Farrah Jean-Louis, on pourrait presque le croire.
Pourtant, la juriste n’a pas prétendu que la justice haïtienne fonctionnait idéalement. Elle a formulé un souhait : que cette nouvelle année judiciaire soit marquée par « l’intégrité, justice sociale, renforcement de l’État de droit, compétence, équité ». Faut-il vraiment chercher dans cette phrase une contradiction avec la réalité du pays ?
Le verbe « souhaiter » mérite ici une parenthèse. Grammaticalement, souhaiter quelque chose ne signifie pas constater que cette chose existe déjà. Le verbe exprime précisément un désir, une aspiration, une volonté de voir advenir une réalité. Lorsque l’on souhaite davantage d’intégrité ou d’équité, on reconnaît implicitement que ces valeurs doivent être davantage défendues. Le « souhait » n’est donc pas une photographie de la situation ; c’est une orientation.
Réduire ce message à un simple rituel institutionnel revient ainsi à lui faire dire ce qu’il ne dit pas. La justice est certes un service social, un instrument de protection des citoyens et un pilier de l’État de droit. Mais rappeler cette mission ne rend pas inutile la célébration de la rentrée judiciaire. Au contraire, c’est précisément dans les périodes de crise que les institutions ont besoin de réaffirmer leurs principes.
La basoche peut entendre les critiques, mais elle a surtout besoin de « belles têtes » : des magistrats compétents, des avocats capables de réflexion, des juristes intègres et des professionnels suffisamment solides pour défendre le droit au-delà des querelles de circonstance.
À ceux qui se réclament de ce monde et prétendent parfois en définir seuls les contours, il faut rappeler que sa grandeur ne dépend ni du bruit des commentaires ni de l’ancienneté des titres. Elle dépend de la qualité intellectuelle, morale et professionnelle de ceux qui la font vivre.
Dans un pays où tant de repères vacillent, souhaiter une bonne année judiciaire n’est donc pas nier la crise. C’est rappeler à la basoche ce qu’elle doit continuer à défendre.
Frantz Jean-Louis
