Le respect d’un dirigeant ne s’achète ni dans un marché ni dans une pharmacie ; il se mérite par les résultats qu’il obtient au service de son peuple. Aujourd’hui, le peuple haïtien s’interroge avec gravité : où est l’État lorsque des groupes armés continuent d’étendre leur emprise sur des portions entières du territoire national ? Cette interrogation n’est ni un slogan politique ni une attaque personnelle. Elle traduit l’angoisse d’une population qui réclame simplement le droit fondamental de vivre en sécurité et de circuler librement dans son propre pays.
Monsieur le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé, l’histoire retiendra les décisions prises dans les moments les plus critiques. À quelques mois des élections prévues le 13 décembre 2026, la priorité absolue de votre gouvernement doit être le rétablissement de l’autorité de l’État. Sans sécurité, sans contrôle effectif du territoire et sans libre circulation des citoyens, toute perspective électorale risque d’être fragilisée. La première responsabilité d’un gouvernement est de protéger sa population et de garantir l’exercice des droits démocratiques.
Une élection crédible exige des conditions minimales de confiance. Les partis politiques et les regroupements politiques doivent pouvoir parcourir le territoire pour présenter leurs projets aux électeurs, conformément aux dispositions de la législation électorale relatives à la campagne. Les électeurs doivent pouvoir voter sans intimidation, tandis que le Conseil Électoral Provisoire doit disposer des garanties nécessaires pour assurer la sécurité du matériel électoral, des centres de vote et de l’ensemble du processus. Sans ces préalables, la démocratie elle-même se trouve affaiblie.
Le peuple n’a pas oublié les engagements pris concernant le rétablissement de la circulation sur les principaux axes routiers reliant le Grand Sud et le Grand Nord. Ces routes constituent des artères vitales pour l’économie, les échanges et l’unité nationale. Dans le même temps, les violences qui frappent plusieurs régions, notamment Kenscoff, rappellent avec douleur l’ampleur de la crise sécuritaire. À toutes les familles endeuillées et à toutes les victimes de cette insécurité, nous adressons notre profonde solidarité et notre compassion.
Nous lançons donc un appel solennel au gouvernement : faites de la sécurité nationale une priorité immédiate. Reprenez le contrôle des territoires perdus, débloquez les routes stratégiques, renforcez la présence de l’État et redonnez confiance à la population. Le peuple haïtien ne demande ni privilèges ni promesses supplémentaires ; il demande la sécurité, la stabilité et le respect de ses droits. C’est à cette condition que la transition pourra aboutir et que les élections auront une véritable légitimité.
Enfin, nous invitons le Premier ministre et l’ensemble des membres du gouvernement à entendre la voix du peuple avant que son exaspération ne se transforme en une profonde rupture de confiance. Les Haïtiens ne souhaitent pas être les complices de l’inaction face à l’insécurité. Ils veulent un État fort, responsable et présent sur tout le territoire national. Il est encore temps d’agir avec courage, de restaurer l’autorité de l’État et de prouver que la République est capable de protéger ses citoyens et de garantir un avenir démocratique fondé sur la paix, la sécurité et la stabilité.
Docteur Jean Willio Patrick Chrispin
Ancien Secrétaire d’État à la Communication

