Mon petit cousin Gracia Delva est un imbécile de première catégorie et la chose n’est pas mince à dire. Car le football, depuis quelques années, n’est plus simplement un jeu d’hommes qui courent après un ballon : il est devenu un véritable attribut de souveraineté, un miroir dans lequel un peuple tout entier se reconnaît, se dresse et se bat. C’est l’un des rares terrains où le patriotisme ne se déclame pas il se vit, il se hurle, il se pleure.
Et voilà que cet enchanteur aux pieds d’argile se lève un beau matin pour annoncer qu’il soutiendra le Brésil le Brésil ! au détriment d’Haïti, sa propre terre, sa propre chair. Il tombe pile là où on l’attendait, comme un arbre vermoulu que le premier vent couche sans effort. Toujours aussi sot. Toujours aussi prévisible. Comme une horloge cassée qui donne quand même l’heure du ridicule deux fois par jour.
Mais ce qui aggrave tout, c’est qu’il vient de démontrer, avec une clarté désarmante, qu’il n’y a jamais eu d’éducation politique dans cet homme. Pas une once. Pas une racine. Le vide, simplement sonore et profond comme un tambour sans peau.
Et pourtant, de quel homme parle-t-on ? D’un homme à qui Haïti a tout donné. Absolument tout. C’est la terre haïtienne qui a bercé sa voix, c’est le peuple haïtien qui l’a porté sur ses épaules comme on porte un roi, c’est la jeunesse haïtienne cette jeunesse ardente, assoiffée de rêves — qui l’a adulé, qui a scandé son nom, qui a fait de lui une légende vivante. Chanteur adulé, Député, Sénateur : il a gravi tous les échelons que cette nation, dans sa générosité parfois aveugle, met à la disposition de ses enfants.
Et voilà ce qu’il fait de cet héritage. Il le pose par terre. Il l’enjambe. Et il marche vers le Brésil.
Parce qu’il faut le dire clairement : trahir son équipe nationale, c’est trahir quelque chose de plus grand que le football. C’est abandonner le drapeau pour applaudir celui du voisin. C’est souffler sur la flamme de sa propre maison pour admirer l’incendie d’en face. C’est cracher dans le puits dont tu as bu toute ta vie, et t’étonner ensuite que l’eau ait un goût amer.
Comme toujours avec lui, le problème n’est même pas la malice c’est pire que ça. C’est l’incompréhension. Il ne réalise pas ce qu’il vient de dire. Le chanteur croit sans doute qu’endosser le drapeau d’un autre pays à la place du sien est une pirouette de plus, une boutade de scène, une de ces provocations légères qu’on lance à la foule pour faire parler. Il pense que le bon sens est une frontière qu’il peut franchir en chantonnant, les mains dans les poches, le sourire aux lèvres. Gracia Delva ne choisit pas simplement une équipe il choisit l’indifférence, cette indifférence crasse et molle comme de la boue, qui colle à ceux qui n’ont jamais su ce que signifie appartenir à quelque chose.
Déclarer que son drapeau, c’est le Brésil et pas celui d’Haïti ce n’est pas de l’audace, ce n’est pas de l’originalité, ce n’est pas même de la provocation intelligente. C’est une trahison habillée en carnaval. Être aussi désinvolte face à l’identité nationale, aussi insensé face à ce que représente le maillot bleu et rouge, c’est une forme de pauvreté intérieure que même l’argent ne saurait racheter.
Un homme que la République a élevé jusqu’au Sénat n’a pas le luxe de l’apatridie festive. Il porte une dette envers ce peuple une dette immense, silencieuse, sacrée. Et cette dette a un nom : la loyauté. Cette dette a une couleur : le bleu et le rouge d’Haïti.
On ne naît pas Haïtien par hasard on le porte comme une couronne, même quand elle pèse, même quand elle brûle.
Gracia Delva, lui, a préféré la déposer pour enfiler le jaune et vert d’un autre. Et ça, aucun but, même des plus beaux, ne pourra jamais le justifier.
Maguet Delva,
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