Le peuple haïtien est à bout de souffle. Depuis trop longtemps, il vit sous le poids de l’insécurité, des enlèvements, de la violence armée et d’une peur qui s’est installée dans le quotidien. Des familles entières sont privées de leur droit fondamental à la liberté de circuler, de travailler, d’étudier ou simplement de vivre en paix. Face à cette souffrance collective, une question résonne avec une intensité grandissante dans toutes les couches de la société : où est l’État ? Lorsqu’un peuple en arrive à chercher désespérément la présence de son propre État, c’est le signe d’une crise profonde de gouvernance qui exige une réponse immédiate et responsable.
Aujourd’hui, ceux qui exercent le pouvoir ont le devoir moral et politique de regarder la réalité en face. Gouverner ne consiste pas uniquement à occuper une fonction ou à détenir une autorité ; gouverner, c’est garantir la sécurité, protéger les institutions, faire respecter la loi et créer les conditions permettant à la nation d’avancer. Le pouvoir n’a de légitimité que lorsqu’il est mis au service de l’intérêt général. Il est donc légitime de demander aux dirigeants : qu’avez-vous accompli avec les responsabilités qui vous ont été confiées ? Quels résultats concrets avez-vous produits pour restaurer l’espoir du peuple haïtien ?
Cependant, le redressement national ne peut reposer uniquement sur les autorités publiques. Il appelle une mobilisation de toutes les forces vives de la nation : la société civile, les partis politiques, le secteur privé, les élites économiques, intellectuelles, religieuses et médiatiques. Chacun porte une part de responsabilité dans la reconstruction de l’État. Cette responsabilité collective doit se traduire par un engagement clair en faveur du respect de la Constitution, de l’application stricte des lois de la République et du retour à un ordre démocratique fondé sur des élections crédibles, transparentes et inclusives. L’État de droit ne peut être une aspiration théorique; il doit devenir une réalité institutionnelle.
Le peuple haïtien aspire à un nouveau contrat social fondé sur la justice, la sécurité et la stabilité. Il réclame un État capable d’assurer la libre circulation sur l’ensemble du territoire national, de protéger les citoyens sans distinction, de garantir une justice indépendante et d’offrir les conditions d’un développement économique durable.
L’heure est venue de rompre définitivement avec la culture de l’impunité, des violations répétées de la loi et de la gouvernance de circonstance. Le respect des institutions et des règles communes est la seule voie permettant de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.
Chaque citoyen est également appelé à exercer pleinement sa responsabilité civique. Construire une nation ne relève pas uniquement des gouvernants ; c’est un devoir partagé. Refuser la violence, défendre les valeurs républicaines, respecter les lois et promouvoir le dialogue constituent les fondements d’une véritable renaissance nationale. Aucune réforme durable ne sera possible sans une conscience collective plaçant l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des intérêts particuliers, des divisions partisanes ou des ambitions personnelles.
Haïti peut encore retrouver le chemin de la paix et de la prospérité, mais ce renouveau exige un véritable sursaut national. Il est temps que chaque acteur assume pleinement sa mission afin de libérer le pays de la peur, de restaurer la confiance et de bâtir un avenir fondé sur la solidarité, le respect mutuel et la responsabilité. L’histoire jugera notre capacité à dépasser les clivages pour servir une seule cause : celle d’une Haïti réconciliée avec elle-même, où chaque citoyen pourra enfin vivre librement, dignement et en sécurité.
Docteur Jean Willio Patrick Chrispin
Ancien Secrétaire d’État à la Communication

