L’heure n’est plus aux discours, mais à la prise de conscience nationale. Les événements tragiques survenus à Kenscoff dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 août, où plus d’une quarantaine de nos compatriotes ont perdu la vie, illustrent une fois de plus l’effondrement de la sécurité en Haïti. Chaque victime est un rappel douloureux que notre pays traverse une crise profonde qui menace son existence même. Pendant que des familles pleurent leurs proches, la nation attend des réponses fortes et des actions concrètes.
Aujourd’hui, force est de constater que l’État haïtien peine à remplir sa mission fondamentale : protéger la vie de ses citoyens et garantir l’autorité de la République sur l’ensemble du territoire national. De nombreuses localités échappent encore au contrôle des pouvoirs publics, des routes demeurent impraticables et des milliers de familles vivent sous la peur permanente des groupes armés. Une telle situation ne peut devenir la norme.
Face à cette réalité, chaque Haïtien a une responsabilité historique. Au-delà des appartenances politiques, des intérêts économiques ou des divergences idéologiques, nous devons faire front commun. L’unité nationale est désormais une nécessité. Si nous voulons sauver Haïti, nous devons avoir le courage de parler d’une seule voix et d’exiger des mesures efficaces pour rétablir la sécurité et restaurer l’autorité de l’État.
C’est dans cet esprit qu’est lancé un appel à une mobilisation citoyenne pacifique à travers tout le pays, notamment par une grève nationale de huit jours, afin d’exprimer le rejet de l’insécurité, des enlèvements et de la violence qui paralysent la nation. Cette mobilisation se veut un message clair adressé aux dirigeants : le peuple haïtien est épuisé par les deuils, les déplacements forcés et la peur quotidienne. Il demande que la sécurité redevienne une priorité absolue. Lorsqu’un pays perd progressivement le contrôle de son territoire, c’est toute la République qui est en danger.
Depuis des années, des promesses sont faites pour reprendre les routes, démanteler les groupes armés et rétablir la paix. Pourtant, l’insécurité continue de gagner du terrain. Les citoyens ne réclament plus seulement des annonces; ils attendent des résultats, des décisions courageuses et un leadership capable de répondre à l’urgence nationale. Les institutions de sécurité doivent disposer des moyens, de la coordination et de l’appui politique nécessaires pour accomplir pleinement leur mission.
Le peuple haïtien ne demande pas l’impossible. Il réclame le droit fondamental de vivre en sécurité, de circuler librement, de travailler, d’étudier et d’espérer un avenir meilleur. L’histoire retiendra celles et ceux qui auront choisi d’agir lorsque la Nation était en péril. Il est encore temps de changer de cap. Ensemble, dans l’unité, la responsabilité et le respect des principes démocratiques, faisons entendre la voix d’un peuple déterminé à défendre son droit à la paix, à la sécurité et à la dignité.
Docteur Jean Willio Patrick Chrispin
Ancien Secrétaire d’État à la Communication

