Dans tout débat politique, la critique est indispensable au fonctionnement démocratique. Mais elle ne doit pas se transformer en une arme de destruction contre ceux qui ne partagent pas les mêmes orientations. À l’approche des prochaines échéances électorales, le retour de certaines figures politiques sur la scène publique ravive une vieille tendance : celle de réduire le débat aux accusations, aux soupçons et aux procès d’intention.
Le cas de Jean-Henry Céant, après sa sortie marquante lors du lancement officiel de la plateforme Viktwa dans le nord du pays, illustre une nouvelle fois cette dérive. Les sanctions internationales, notamment celles prises par certains partenaires étrangers, ne devraient pas devenir des instruments de combat politique entre adversaires haïtiens. Une sanction, pour être pleinement comprise et acceptée, doit reposer sur des éléments vérifiables, des preuves solides et des justifications transparentes. Sans cela, elle risque d’être perçue par une partie de l’opinion comme une intervention extérieure visant davantage à affaiblir, humilier ou discréditer des acteurs politiques et économiques haïtiens qu’à établir la vérité.
La politique ne peut pas se construire sur des accusations permanentes ni sur la satisfaction de voir un adversaire fragilisé. La violence, qu’elle soit physique, verbale ou symbolique, ne devrait jamais être considérée comme une victoire politique. Présenter Jean-Henry Céant comme un responsable ayant échappé à la colère populaire au Cap-Haïtien revient à banaliser une logique dangereuse. Car ceux qui auraient encouragé une telle situation auraient finalement célébré non pas un succès démocratique, mais une dérive contraire aux valeurs républicaines.
Haïti a besoin d’un changement de culture politique. Les adversaires doivent pouvoir s’affronter sur leurs idées, leurs programmes et leur vision du pays, mais jamais sur la base de la haine ou de la violence.
Au-delà des clivages partisans, il faut reconnaître que Jean-Henry Céant a toujours placé le discours de l’unité au centre de son engagement politique. De « Renmen Ayiti » à la plateforme Viktwa, en passant par ses différentes prises de position publiques, le notaire et ancien Premier ministre a régulièrement plaidé pour le dialogue entre les acteurs politiques et pour la réconciliation de la famille haïtienne. On peut critiquer son bilan ou ses choix, mais il est difficile de soutenir qu’il a bâti son parcours sur la radicalisation ou l’affrontement violent.
Son accession à la Primature en témoigne. Opposant à Jovenel Moïse lors de la présidentielle de 2016, Jean-Henry Céant avait accepté le verdict des urnes et repris ses activités professionnelles dans son cabinet notarial après sa défaite. Dans un contexte marqué par une profonde crise politique, le président Moïse avait fait appel à lui non comme un allié partisan, mais comme une personnalité susceptible de contribuer au dialogue et à l’apaisement.
Aujourd’hui, Haïti doit tourner la page d’une politique dominée par la calomnie, les accusations faciles et les divisions. La diaspora haïtienne, souvent confrontée aux conséquences de l’image négative projetée sur le pays, en subit également les effets.
Le débat démocratique exige des faits, des arguments et des responsabilités. Les élections à venir ne doivent pas être une nouvelle occasion de régler des comptes, mais plutôt un moment où les citoyens pourront choisir entre des projets et des visions pour l’avenir. Haïti ne sortira pas de sa crise par l’exclusion et la violence, mais par un véritable effort de réconciliation nationale.
Mario Jean-Pierre
