À quelques mois des prochaines échéances électorales, le paysage politique haïtien poursuit sa recomposition. Dans le Nord, le groupement politique Viktwa entend jouer un rôle de premier plan. La coalition a officiellement présenté son implantation départementale, samedi 29 août 2026, au Cap-Haïtien, devant des militants, sympathisants et représentants de plusieurs formations politiques réunies autour d’un même objectif : construire une alternative électorale fondée sur le rassemblement.
Revendiquant l’adhésion de 52 partis et structures politiques, Viktwa veut se positionner comme une force capable de dépasser les clivages traditionnels et de proposer une nouvelle dynamique à l’approche des prochains scrutins. Le Mouvement national des travailleurs (MNT), ASSE, DEFI et Les Patriotes figurent parmi les organisations présentées comme membres de cette plateforme.
Au-delà d’un simple lancement politique, la rencontre du Cap-Haïtien s’inscrit dans une stratégie de terrain. Les responsables de Viktwa cherchent à mobiliser une population souvent désabusée par les crises successives, tout en préparant la bataille électorale qui s’annonce. Le message central : convaincre les citoyens de reprendre part au processus démocratique.
L’ancien secrétaire d’État à la Population, Wilner Joseph, membre fondateur du regroupement, a placé la jeunesse au cœur de son intervention. « La jeunesse doit comprendre qu’elle a un rôle déterminant à jouer dans l’avenir du pays », a-t-il déclaré, appelant les jeunes à effectuer leurs démarches d’inscription sur les listes électorales et à participer activement aux prochains rendez-vous politiques.
Selon lui, l’abstention et le découragement représentent aujourd’hui des obstacles majeurs à la reconstruction démocratique. Il a estimé que les difficultés économiques, l’insécurité, le chômage, les problèmes d’accès aux services essentiels comme l’eau potable et l’électricité nourrissent le sentiment d’abandon chez une grande partie de la population.
« Nous devons offrir des perspectives à nos jeunes afin qu’ils ne voient pas uniquement l’exil comme une solution », a soutenu Wilner Joseph, évoquant la nécessité de créer un environnement favorable aux investissements et à la création d’emplois.
La question sécuritaire a également occupé une place importante dans les échanges.
Une minute de silence a été observée en mémoire des victimes des violences enregistrées récemment à Kenscoff. Un geste qui traduit la volonté affichée par les responsables de Viktwa de placer la sécurité parmi les priorités de leur discours politique.
Pour Wilner Joseph, la diversité des composantes du regroupement constitue à la fois une force et un défi. Il insiste sur la nécessité du dialogue permanent entre les différentes tendances. « Aucun leader, aucune formation politique ne peut, à elle seule, répondre aux défis auxquels Haïti est confrontée », a-t-il fait valoir, plaidant pour une démarche collective.
Présent à l’activité, l’ancien Premier ministre Jean-Henry Céant a appelé les acteurs politiques à privilégier les convergences plutôt que les divisions. Pour lui, l’unité demeure une condition essentielle pour restaurer la confiance des citoyens envers la classe politique.
De son côté, le responsable du MNT, Pascal Adrien, a mis l’accent sur la discipline interne et la transparence. Il a averti que la cohésion sera déterminante pour transformer cette coalition en une véritable force électorale.
Avec cette démonstration au Cap-Haïtien, Viktwa lance donc un signal politique clair : occuper le terrain avant les élections et tenter de séduire un électorat en quête de nouvelles offres. La prochaine étape sera de convertir cette alliance de partis en un programme capable de répondre aux attentes concrètes de la population, notamment en matière de sécurité, d’emploi et de gouvernance.
Dans un contexte où plusieurs formations cherchent déjà à se positionner, la bataille électorale haïtienne semble avoir commencé bien avant l’ouverture officielle de la campagne. Le Nord apparaît ainsi comme l’un des premiers théâtres de cette compétition pour l’influence politique.
Maxime Julien

