Un collectif regroupant 26 partis politiques haïtiens et organisations de la société civile a rendu public, ce mardi juin 2026, un communiqué de presse appelant les autorités judiciaires, policières et électorales à garantir l’indépendance de la justice et la crédibilité des prochaines élections. Les signataires exigent explicitement la mise à distance du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) et de son directeur exécutif, Pierre Espérance.
Dans leur déclaration, les signataires estiment que le pays traverse « un moment crucial », à la croisée de deux attentes majeures : l’aboutissement de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021, et l’organisation d’élections crédibles devant permettre de sortir de la crise de légitimité politique. « Nous mettons en garde contre l’implication active et problématique de certaines entités de la société civile », écrivent-ils, en citant nommément le RNDDH et son dirigeant.
Le collectif juge « inadmissible » qu’« un document susceptible de constituer une pièce capitale dans la manifestation de la vérité judiciaire » soit resté « en la possession exclusive pendant cinq ans d’un organisme non étatique ». Une situation qui, selon les signataires, porte atteinte aux principes fondamentaux de l’instruction judiciaire et à la souveraineté de l’État en matière pénale.

Face à ce qu’ils considèrent comme une dérive, les 26 partis et organisations interpellent directement le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et le Conseil électoral provisoire (CEP). Ils demandent à ces institutions de « prendre immédiatement leurs distances » vis-à-vis de Pierre Espérance et de veiller à ce que l’instruction du dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse se poursuive « dans le strict respect des textes de lois haïtiens ».
Le communiqué recommande également que la DCPJ et les juges d’instruction réaffirment publiquement que « le dossier judiciaire est strictement entre les mains de l’État » et qu’ils enjoignent toute ONG ou partie civile à remettre sans condition les pièces en leur possession. Le CSPJ est invité à ouvrir une enquête sur « l’influence des organisations non gouvernementales dans les rouages de la justice pénale », tandis que le CEP et le gouvernement sont appelés à exclure formellement Pierre Espérance de tout rôle, officiel ou officieux, dans l’encadrement ou l’observation du prochain processus électoral.
« La justice ne se rend pas dans l’opacité des ONG, mais au grand jour des tribunaux », concluent les signataires, convaincus que la vérité sur l’assassinat du président Moïse demeure « une condition sine qua non pour la paix » et pour la sauvegarde de l’État de droit.
Parmi les partis et organisations signataires figurent notamment le Front pour la reconstruction nationale (FRN), la Force révolutionnaire d’entente nationale (FREN), la Platfòm fron pou rebati Ayiti (PFRA), Fanm D’Ayiti, Peyizan gran Nò et Agronòm Ayisyen reyini.
Marc-Arthur André

