Toute bonne élection repose sur des lois fondamentales. Tout gouvernement qui se veut démocratique et qui prétend s’en affranchir fera payer son pays au prix fort. Après plus de quarante ans de tâtonnements et de marches à reculons dans l’ère dite démocratique, il semble que le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils‐Aimé ait enfin compris cette réalité.
Selon de nouvelles dispositions devant être adoptées dans le décret électoral lors du prochain Conseil des ministres, tout parti politique ou regroupement de partis désireux de présenter un candidat aux prochaines élections générales devra obligatoirement soumettre une liste authentique de 100 000 membres.
Déjà, plusieurs dirigeants de partis crient à l’exclusion et commencent à tirer à boulets rouges sur le gouvernement. Pourtant, le rôle fondamental de l’État est de garantir le bon fonctionnement des institutions, d’éviter toute mesure susceptible de conduire à l’instabilité politique et d’assurer une participation massive des citoyens à la vie politique, dans la transparence et la clarté, afin d’éviter brouilles et confusions inutiles.
Le nombre de partis agréés par le Conseil électoral provisoire (CEP) pour la prochaine élection pose un vrai débat : sur 320 partis politiques inscrits, 282 ont été officiellement agréés pour participer aux compétitions électorales à venir.
Imaginez un instant que chacun de ces partis présente un candidat à la présidence ou à d’autres postes électifs. Quelle serait alors la dimension du bulletin de vote ? Pendant ce temps, de l’autre côté de l’île, en République dominicaine, la population est d’environ 11,6 millions d’habitants en 2026, et la dernière élection présidentielle a vu au moins 6 candidats se présenter officiellement. Quant aux États-Unis, pays de plus de 340 millions d’habitants en 2026, leur élection présidentielle de 2024 s’est jouée essentiellement entre deux grands candidats au niveau national, malgré la présence symbolique de candidats tiers.
Les leçons du passé méritent d’être tirées.
Le nombre exagéré de candidats à la présidence ouvre un terrain fertile à l’instabilité politique, ennemi numéro un du développement d’un pays. En 2016, des candidats ayant obtenu 1 %, voire 0 % figuraient pourtant parmi les premiers à crier à la fraude après la publication des résultats. Certains ont même réussi à convaincre le candidat qualifié pour le second tour de renoncer à l’affrontement, au nom de leurs intérêts personnels et de leur ego.
D’autres, persistant à nourrir l’instabilité pour s’emparer du pouvoir par la voie de la transition faute de popularité électorale, sont allés jusqu’à détourner des sénateurs et des députés influents qui auraient dû mener la bataille politique démocratiquement, à travers des débats constructifs au Parlement. Aujourd’hui, ces élus du peuple sont considérés comme des pestiférés par la communauté internationale et confrontés à toutes sortes d’allégations pour avoir suivi des démagogues dans des manœuvres inavouées et inavouables, au lieu d’assumer pleinement leur rôle législatif.
Fini le bal des démagogues
La République ne peut plus continuer à valider des politiciens démagogues. Il était temps que les détenteurs du pouvoir de l’État remettent les pendules à l’heure afin d’engager le pays sur la voie d’un véritable processus démocratique. La responsabilité dans les affaires publiques n’a jamais été une affaire personnelle.
100 000 membres sur une population d’environ 6,4 millions de potentiels votants, c’est même demander peu pour un parti qui prétend diriger plus de 15 millions d’Haïtiens. Que les partis partageant des idéologies communes se regroupent : c’est à cette condition que l’on pourra raisonnablement aboutir à trois ou quatre candidats crédibles à la présidence. Plus jamais notre pays ne devrait connaître un bal électoral des démagogues.
Mario Jean-Pierre

