L’ancien Premier ministre haïtien Laurent Salvador Lamothe est sorti de son silence le 5 mai 2026 à travers un message publié sur le réseau X, dans lequel il a rappelé plusieurs réalisations accomplies sous son administration entre 2012 et 2014.
Une prise de parole qui intervient dans un contexte où certains secteurs tentent d’associer automatiquement tous les anciens dirigeants du PHTK à l’effondrement sécuritaire, économique et institutionnel actuel du pays.
Une période que plusieurs observateurs jugent plus stable
Dans son message, Laurent Lamothe affirme qu’« Haïti était un autre pays » durant son passage à la Primature. Un propos qui, au-delà des débats politiques, trouve un écho favorable auprès d’observateurs, d’économistes et même de médias internationaux ayant documenté à l’époque les performances économiques et certains progrès infrastructurels enregistrés sous l’administration de Michel Joseph Martelly et de son Premier ministre.
Entre 2012 et 2014, Haïti enregistrait effectivement une croissance économique supérieure à 4 %, selon des données relayées à l’époque par des institutions financières internationales. Le pays connaissait également une relative stabilité sécuritaire comparativement à la situation actuelle marquée par l’expansion incontrôlée des gangs armés. Des axes routiers stratégiques restaient accessibles, les activités touristiques reprenaient timidement et plusieurs investisseurs manifestaient un regain d’intérêt pour Haïti.
Pour de nombreux observateurs, il serait intellectuellement réducteur d’attribuer à Laurent Lamothe la responsabilité du naufrage national observé après 2018, alors que plusieurs gouvernements, transitions politiques et crises institutionnelles se sont succédé depuis son départ du pouvoir en décembre 2014. Certains analystes rappellent d’ailleurs que l’ancien Premier ministre avait quitté ses fonctions avant même les élections ayant conduit à l’arrivée au pouvoir de Jovenel Moïse.
Des réalisations infrastructurelles mises en avant
Le bilan présenté par Laurent Lamothe s’appuie également sur des réalisations concrètes en matière d’infrastructures. L’ouverture de l’aéroport international du Cap-Haïtien, la rénovation de l’aéroport Guy Malary ainsi que les travaux réalisés à l’aéroport international Toussaint Louverture ont été salués à l’époque par plusieurs acteurs économiques et diplomatiques.
Le secteur touristique connaissait aussi une progression notable avec l’arrivée de nouveaux investissements hôteliers et l’augmentation du nombre de visiteurs internationaux. Pour plusieurs professionnels du secteur, cette dynamique traduisait une volonté de repositionner Haïti comme une destination régionale plus attractive malgré les défis structurels persistants.
Les programmes sociaux comme facteur de stabilité
Dans le domaine social, les programmes tels que Ti Manman Cheri, Ede Pèp, Kore Etidyan ou encore les cantines scolaires avaient permis à des milliers de familles vulnérables de bénéficier d’un accompagnement direct de l’État.
Si ces programmes ont souvent été critiqués par l’opposition d’alors comme étant des outils politiques, plusieurs spécialistes des politiques publiques reconnaissent aujourd’hui qu’ils avaient contribué à réduire temporairement certaines tensions sociales dans les quartiers populaires.
Une politique sécuritaire jugée plus offensive.
Sur le plan sécuritaire, des observateurs rappellent également que le gouvernement Lamothe avait adopté une approche offensive contre plusieurs foyers de banditisme. L’arrestation de Clifford Brandt, membre d’une influente famille de la bourgeoisie haïtienne, avait été perçue comme un signal fort démontrant que certains réseaux considérés jusque-là comme intouchables pouvaient être inquiétés par la justice.
Pour des analystes, cette décision avait créé des tensions entre le pouvoir politique et certains secteurs économiques influents, renforçant l’image d’un gouvernement prêt à s’attaquer à des personnalités jusque-là jugées protégées.
PetroCaribe et les débats autour de la gouvernance
Contrairement aux accusations formulées aujourd’hui contre l’ancien Premier ministre, certains professionnels des médias estiment qu’il faut distinguer les débats autour du dossier PetroCaribe des réalisations administratives effectivement visibles durant cette période.
Plusieurs projets d’infrastructures, de routes, de logements et d’équipements publics ont bel et bien été exécutés sous son gouvernement, même si la question de la transparence dans l’attribution des contrats continue d’alimenter les controverses politiques, surtout avant et après son administration.
Des observateurs soulignent également que l’effondrement institutionnel d’Haïti résulte d’un ensemble de facteurs complexes : instabilité politique chronique, assassinats politiques, absence d’élections régulières, faiblesse des institutions judiciaires, prolifération des groupes armés et ingérences multiples.
Dans cette perspective, attribuer à Laurent Lamothe la responsabilité du chaos actuel relèverait davantage d’une lecture politique que d’une analyse objective de l’évolution de l’État haïtien au cours des dix dernières années.
Une prise de distance avec le PHTK
Par ailleurs, plusieurs observateurs estiment qu’il est difficile aujourd’hui d’associer automatiquement Laurent Salvador Lamothe à l’ensemble des dérives reprochées au régime PHTK, dans la mesure où l’ancien Premier ministre a publiquement pris ses distances avec Michel Joseph Martelly depuis plusieurs années.
En décembre 2025, Laurent Lamothe avait même reconnu publiquement que son alliance politique avec l’ex-président constituait « la plus grande erreur » de sa vie politique, affirmant que leur rupture était devenue « totale et irréversible » depuis juillet 2021, au lendemain de l’assassinat de Jovenel Moïse.
Depuis son départ du pouvoir en 2014, il s’est progressivement éloigné des activités partisanes, multipliant davantage des interventions liées aux questions internationales, à l’entrepreneuriat et à l’aide humanitaire qu’aux structures politiques du PHTK.
Certains analystes considèrent également que plusieurs campagnes médiatiques et accusations répétées contre lui visaient aussi à l’écarter durablement du jeu politique, en raison de son influence, de sa popularité dans certains secteurs et des craintes liées à un éventuel retour sur la scène électorale.
Un débat qui continue de diviser
Le débat autour du bilan de LaurentLamothe reste donc profondément politique et divise l’opinion publique. Mais pour plusieurs analystes, une chose demeure certaine : le pays de 2012 à 2014, malgré ses imperfections et ses controverses, ne connaissait ni l’effondrement sécuritaire ni la paralysie institutionnelle observés aujourd’hui.
Pour eux, il serait difficile de nier que cette période avait offert à Haïti une certaine stabilité relative dont beaucoup de citoyens gardent encore le souvenir.
Robert D. Ambroise
