Dans un contexte national marqué par une forte attente en matière de transparence, de moralisation de la vie publique et de lutte contre la corruption, la question de l’exemplarité de l’État revient avec insistance au cœur du débat public.
L’Administration générale des douanes (AGD), institution stratégique pour les finances publiques et la sécurité économique du pays, se retrouve aujourd’hui au centre de ces préoccupations.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a multiplié, ces derniers mois, les signaux politiques en faveur d’un assainissement de l’administration publique. Le décret électoral adopté récemment s’inscrit dans cette dynamique, en excluant de l’accès aux fonctions électives les personnes impliquées dans des actes de corruption, de détournement de fonds ou ayant des démêlés sérieux avec la justice. L’objectif affiché est clair : empêcher la prise en otage de l’État et restaurer la confiance des citoyens.
C’est dans ce contexte que le dossier du Directeur général de l’AGD, Gérald Remplais, suscite interrogations et malaise. Selon des informations connues du public, l’intéressé est cité dans plusieurs affaires judiciaires encore pendantes. À ce stade, aucune décision définitive n’a été rendue et la présomption d’innocence demeure de mise. Toutefois, l’existence même de ces dossiers place l’exécutif face à une équation délicate en matière de cohérence et de crédibilité institutionnelle.
Parallèlement, des critiques récurrentes visent certaines pratiques de gestion observées au sein de l’AGD. Des opérateurs économiques et des observateurs évoquent notamment des déclarations en douane enregistrées et liquidées avant l’arrivée effective des marchandises sur le territoire national, en contradiction avec les procédures douanières en vigueur. Un cas documenté à la fin du mois de mai 2026 fait état d’une déclaration traitée plusieurs jours avant l’accostage réel du navire concerné.
D’autres préoccupations portent sur des distorsions de concurrence. Dans des secteurs sensibles comme celui du riz importé, des écarts significatifs auraient été constatés dans les valeurs FOB retenues pour des marchandises similaires, provenant parfois des mêmes pays et fournisseurs, sur des périodes rapprochées. Ces pratiques, si elles étaient avérées, pourraient créer des avantages concurrentiels injustifiés et fragiliser le tissu économique national.
Le Code des douanes haïtien de 2023 est pourtant explicite : la valeur transactionnelle doit être déterminée selon des critères stricts et appliquée de manière uniforme. Le respect de ces règles est essentiel non seulement pour la mobilisation équitable des recettes, mais aussi pour la crédibilité de l’administration douanière et la confiance des investisseurs.
Face à ces éléments, plusieurs observateurs estiment que le gouvernement est appelé à agir avec diligence et cohérence. Sans préjuger de l’issue des procédures judiciaires en cours, une décision claire concernant la direction de l’AGD serait perçue comme un signal fort en faveur de la bonne gouvernance.
Au-delà du cas individuel, c’est la capacité de l’État à prêcher par l’exemple, à faire rimer autorité avec dignité, honnêteté et principes, qui se trouve aujourd’hui mise à l’épreuve. Affaire à suivre.
Mario Jean-Pierre

