Plusieurs groupements et partis politiques ont rendu publique une déclaration conjointe dans laquelle ils dressent un constat critique de la situation nationale et réclament un changement de gouvernance. Les signataires évoquent une aggravation continue des crises sécuritaire, humanitaire et institutionnelle, près de cinq ans après l’interruption de l’ordre constitutionnel, le 7 juillet 2021.
Dans ce document, ces entités disent constater « avec douleur et amertume que la situation globale du pays s’aggrave énormément de jour en jour ». Elles pointent notamment « la crise sécuritaire et humanitaire, l’impunité, la corruption, la mauvaise gouvernance » ainsi que « la concentration des pouvoirs constituant la puissance publique entre les mains d’un seul homme, à l’encontre de toutes les normes démocratiques ».
Revenant sur les transitions politiques successives, les signataires rappellent qu’Haïti a connu « déjà trois transitions politiques » depuis 2021, dont la dernière est conduite par Alix Didier Fils-Aimé depuis le 7 février 2026. Ils estiment que ce gouvernement, qu’ils qualifient de « démissionnaire », « n’a pas fait preuve de compétence ni de responsabilité vis-à-vis des missions régaliennes de l’État ».
Pour appuyer leur position, ils évoquent « la nette augmentation des enlèvements contre rançon », la persistance de centaines de milliers de déplacés vivant « dans des camps de fortune, dans des conditions déshumanisantes », ainsi que la fermeture prolongée de plusieurs axes routiers reliant la capitale aux villes de province.
Face à cette situation, les partis et groupements signataires réaffirment leur appel à « la mise en place d’une nouvelle transition politique », fondée sur le principe de la bicéphalité. Celle-ci devrait, selon eux, reposer sur « un président de la République issu de la Cour de cassation et un Premier ministre de consensus ». Ils plaident également pour « la résolution urgente de la crise sécuritaire et humanitaire » et pour « l’organisation d’élections générales crédibles, honnêtes et démocratiques ».
La déclaration consacre une part importante à la contestation du décret électoral en vigueur. Les signataires dénoncent un texte qu’ils jugent « antidémocratique », évoquant « des frais excessivement exorbitants » imposés aux candidats ainsi que « le seuil arbitraire de 100 000 membres » exigé des partis politiques pour participer aux élections. Selon eux, ces dispositions constituent « une nouvelle forme de poste de péage » destinée à exclure les formations émergentes du jeu politique.
Ils critiquent par ailleurs la récente nomination d’un directeur général à la tête du Conseil électoral provisoire, une décision qui, selon la déclaration, « place les conseillers électoraux sous tutelle » et « accumule des doutes légitimes sur la volonté du pouvoir de faire mainmise sur le processus électoral ».
Enfin, les entités politiques signataires rejettent « sans détour » la position du BINUH, qu’elles accusent de soutenir un gouvernement qu’elles considèrent comme démissionnaire. Elles réaffirment leur attachement à « une solution autonome, haïtienne » à la crise et appellent la communauté internationale à « respecter les lois de la République » tout en accompagnant le peuple haïtien vers une issue durable à la crise.
La déclaration conjointe est signée par un ensemble de groupements et partis politiques issus de divers horizons idéologiques. Parmi les entités ayant apposé leur signature figurent notamment NOPH, UNIFOS, GRENOPSH, PROP, COJECED, GRANDPA, SACAF, MCNH, PARE, ACN, PENH, OSPPH, ZOULA ainsi que Boisrond Tonnerre. Les signataires indiquent, à travers cette liste, vouloir refléter une convergence d’organisations politiques et citoyennes partageant une même lecture critique de cette conjoncture.
Jean-Jacky Montilus

