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Présidentielle : Gary Bodeau candidat, les sanctions internationales peuvent-elles faire office de verdict ?

Le Mediateur Par Le Mediateur
14 septembre 2026
dans Sanctions internationales
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Présidentielle : Gary Bodeau candidat, les sanctions internationales peuvent-elles faire office de verdict ?
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La plateforme politique REKONSILYE a choisi Gary Bodeau comme candidat à la présidence de la République. La décision, prise le 10 septembre 2026 à l’issue de consultations internes, ramène sur le devant de la scène l’ancien député de Delmas et ancien président de la Chambre des députés, mais aussi les sanctions internationales dont il fait l’objet depuis 2022.

Cette candidature ne saurait être présentée comme une absolution de Gary Bodeau. Les accusations portées contre lui par les gouvernements américain et canadien sont sérieuses et méritent d’être connues des électeurs. Washington l’a sanctionné en avril 2023 dans le cadre du régime Global Magnitsky, en l’accusant notamment de corruption et d’avoir participé à des mécanismes de pots-de-vin visant à influencer des décisions politiques. Le Canada l’avait déjà sanctionné en novembre 2022, en l’accusant notamment de soutenir financièrement et matériellement des groupes armés en Haïti.

Mais un problème de fond demeure : une sanction gouvernementale étrangère constitue-t-elle une condamnation judiciaire ? Non. Une sanction administrative ou politique peut entraîner le gel d’avoirs, des restrictions financières ou d’autres conséquences importantes, sans pour autant constituer un jugement rendu par un tribunal pénal.

Cette distinction est essentielle dans le débat électoral haïtien. Elle l’est d’autant plus lorsqu’une sanction étrangère est utilisée comme argument définitif pour discréditer un candidat devant l’opinion publique. Les électeurs doivent connaître les accusations qui pèsent sur les candidats, mais ils doivent également savoir faire la différence entre une accusation, une mesure administrative et une condamnation prononcée par une juridiction compétente.

C’est précisément ce qui donne à la candidature de Bodeau une portée qui dépasse sa personne. Lors de son discours d’adieu, l’ancien chargé d’affaires américain en Haïti, Henry Wooster, avait lui-même insisté sur la nécessité de distinguer les sanctions prises par le gouvernement américain des décisions de justice. La question du choix des dirigeants, elle, relève du peuple haïtien et du processus électoral.

Pourquoi, dès lors, certains observateurs veulent-ils faire des sanctions internationales une sorte de verdict définitif, voire décision de justice ? Et pourquoi certains responsables sanctionnés sont-ils soudainement présentés comme les principaux responsables de la crise haïtienne, comme si leur parcours politique pouvait être réduit à une décision prise à l’étranger ?

Gary Bodeau n’est évidemment pas un inconnu pour l’électorat. Son parcours public est documenté : député de Delmas, il s’est imposé à la Chambre des députés jusqu’à en devenir président pendant plusieurs années. Son action parlementaire peut être examinée, critiquée et soumise au bilan des citoyens. Ses prises de position politiques peuvent également être contestées.

Mais le débat démocratique devrait précisément permettre de confronter les faits, les accusations, les réalisations et les responsabilités, plutôt que de remplacer le jugement des électeurs par celui d’une puissance étrangère.

REKONSILYE assume donc son choix en faisant de Gary Bodeau son candidat. Celui-ci devra répondre politiquement aux interrogations suscitées par son parcours et par les sanctions qui le visent. Mais, au terme du processus, ce sont les institutions haïtiennes qui devront apprécier son éligibilité et les citoyens qui devront décider, dans l’isoloir, s’ils lui accordent ou non leur confiance.

Une sanction peut nourrir le débat public. Elle ne devrait pas, à elle seule, devenir un verdict électoral. En Haïti, la culpabilité pénale d’une personne relève de la justice, appelée à examiner les faits qui lui sont reprochés à la lumière du droit national et à statuer selon les procédures prévues par la loi. Les mesures prises unilatéralement par un gouvernement étranger, aussi sérieuses soient-elles, ne sauraient donc se substituer à une décision de justice haïtienne.

Le cas des sanctions adoptées dans le cadre des Nations unies relève d’un mécanisme multilatéral distinct, auquel Haïti peut être tenue de donner effet en vertu de ses obligations internationales. Mais une sanction, même internationale, ne doit pas être confondue avec une condamnation pénale. Au bout du compte, les institutions haïtiennes ont la responsabilité de dire le droit, tandis que les citoyens ont celle de dire, par leur vote, qui mérite de les représenter.

 

 

Jean–Max Théophile

 

 

 


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