Dans une publication diffusée sur son compte X le mardi 2 juin 2026, l’ancien député Franck Lauture, a vivement réagi à la note du Conseil électoral provisoire dénonçant une supposée ingérence du Gouvernement dans le processus électoral. Pour le diplomate, cette accusation « mérite d’être sérieusement nuancée », tant elle s’éloigne, selon lui, du cadre politique et juridique de la transition.
Franck Lauture rappelle d’abord que le « Pacte pour la Stabilité et l’Organisation des Élections » a confié au Conseil des ministres, sous la présidence du Premier ministre, la responsabilité politique de conduire le pays vers les élections. « Cette mission ne saurait être réduite à un simple rôle d’observateur », insiste-t-il. À ses yeux, l’organisation d’élections implique nécessairement des décisions administratives, budgétaires, sécuritaires et logistiques qui relèvent de l’action gouvernementale. Dans ce contexte, « le dialogue institutionnel entre la Primature et le CEP apparaît davantage comme un exercice de gouvernance que comme une ingérence ».
Le sociologue et diplomate reconnaît toutefois que l’indépendance du CEP constitue une exigence démocratique fondamentale. Mais il met en garde contre une lecture excessive de ce principe. « Prétendre que tout échange, toute orientation ou toute initiative du Gouvernement constituerait une atteinte à l’indépendance du CEP revient à dénaturer aussi bien l’esprit du Pacte que les principes fondamentaux du droit public », écrit-il.
S’appuyant sur les fondements du droit public moderne, Franck Lauture rappelle que l’autonomie institutionnelle ne signifie ni isolement ni rupture avec l’appareil d’État. « La théorie de la séparation des pouvoirs n’a jamais consacré une rupture absolue entre les institutions, mais plutôt un système d’équilibre, de contrôle mutuel et de coopération fonctionnelle au service de l’intérêt général », souligne-t-il. Il ajoute que, dans toutes les démocraties, les institutions indépendantes exercent leurs prérogatives « dans un cadre de coopération avec les autres organes de l’État ».
Pour le consul à New York, le CEP « ne dispose ni du monopole de l’intérêt général ni de l’exclusivité de la conduite politique de la transition ». Dans le contexte actuel de crise profonde que traverse Haïti, il estime qu’une note publique « aussi accusatrice » risque d’alimenter des tensions inutiles, d’éroder la confiance des citoyens et de fragiliser un processus électoral déjà fragile.
En conclusion, Franck Lauture appelle à un sursaut de responsabilité républicaine. « Le pays a besoin de femmes et d’hommes d’État capables de transcender les divergences administratives au profit de l’intérêt supérieur de la Nation », écrit-il, plaidant pour « l’harmonie institutionnelle », la concertation et le dialogue comme conditions essentielles au retour de la légitimité démocratique.
Jean-Samson Étienne

