Notre célèbre et immortel Maurice Sixto, grâce à son génie, nous a laissé des œuvres satiriques, humoristiques et burlesques, les unes plus inimaginables que les autres. Si plusieurs générations se sont contentées d’en rire follement en les écoutant, les trouvant trop drôles et exagérées pour être vraies, elles sont pourtant, au fond, le miroir de certains personnages que l’on connaissait, que l’on connaît et que l’on connaîtra encore dans notre société.
L’histoire de Gwo Moso en est un exemple patent dans l’affaire de Tikanè a (cahier de notes) de feu président Jovenel Moïse, où Pierre Espérance serait perçu par certains comme une figure rappelant Gwo Moso, le personnage principal.
Dans Gwo Moso, Maurice Sixto raconte avec humour l’histoire d’un homme surnommé « Gwo Moso », un personnage imposant qui profite de sa position et de la peur qu’il inspire pour dominer les autres. Mais un jour, alors qu’il racontait à gorge déployée sa puissance et les abus commis au Champ-de-Mars, un caporal est intervenu au nom de la restauration de l’ordre public. « sa te fini trè mal pou li ».
Au-delà du rire, à travers ce personnage, Sixto dénonçait les abus de pouvoir dans la société haïtienne de l’époque. Environ cinquante ans après la publication de cette audience, l’histoire refait surface dans l’affaire Tikanè de feu président Jovenel Moïse et met en scène, dans l’imaginaire public et médiatique, Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national pour la défense des droits humains (RNDDH), dans un rôle rappelant celui de Gwo Moso, avec son compère ou kavalye pòlka, Roudy Thomas Sanon, dans son émission très prisée « Se sa nou vle » sur les réseaux sociaux, comme le Champ-de-Mars autrefois… Mais cette fois, la controverse s’inscrit dans une réalité bien concrète.
Tout a commencé après que Roody Thomas Sanon, reconnu pour son franc-parler, a déclaré dans son émission, dans des propos perçus par plusieurs comme une démonstration de puissance à l’égard de ceux qui critiqueraient Pierre Espérance : « Nou pa konn Pierre Espérance. Pierre Espérance mete anbasadris amerikèn chita ap tann li nan biwo l, li menm l ap gade match. Bon, mwen pral di nou plis : menm tikanè prezidan Jovenel la, se nan men Pierre li ye… »
Des journalistes comme Luckner Désir dit Loucko, Esaüe César, Pierre Martin Tatoute, Guerrier Henry, Wendy Phèle, Berto, Foucko… ainsi que d’autres citoyens avisés tels que Harryson Ernest, Fednel Monchery, Stanley Lucas… , qui ont entendu cette déclaration interprétée par eux comme une démonstration de super puissance et d’autorité, crient au scandale et incitent la justice à assumer ses responsabilités, à l’image de la petite marchande de pistaches dans Gwo Moso, qui s’interrogeait alors que ce dernier racontait ses exactions avec fierté, autorité et sans crainte de personne : « Nonm sa a, s on Lwijanboje ? » Comme pour demander s’il il est au-dessus de la loi.
Au bout du compte, dans l’audience de Sixto, un caporal qui assistait à la scène, alors que la foule s’exclamait comme pour se demander aussi où était passé l’État, apparaît et dit à Gwo Moso : « Gade non, radiyès ou a fini tande ! Radiyès pèmèt ou ! Mache ! Ou arete ! »
Dans l’affaire de “Tikanè a” de feu président Jovenel Moïse, il semble que l’histoire pourrait se terminer de la même manière si les accusations se révèlent fondées. Le juge Denis Cyprien a ordonné à la Police nationale de fouiller le bureau de travail et la résidence privée de Pierre Espérance afin de retrouver le fameux carnet du 58e président, assassiné tragiquement dans la nuit du 7 juillet 2021 à sa résidence privée.
Au-delà de l’aspect satirique de cette comparaison, pour certains observateurs, ce dossier ne vaut pas la peine d’en parler. Il s’agirait tout simplement de ragots des journalistes et d’influenceurs cherchant à attirer l’attention pour satisfaire leur auditoire, en s’appuyant sur la réaction de Roody Sanon, qui a, lui-même, affirmé le lendemain, qu’il s’agissait d’une farce destinée à faire jaser ses adversaires et ceux qui vilipendent Pierre Espérance. Selon leur version, il ne s’agirait que d’une copie du document circulant déjà sur les réseaux sociaux, et Pierre Espérance, comme d’autres, en aurait eu une copie. Sa dernière conférence visait justement à éclaircir ce dossier face au tollé qu’il a soulevé.
Pour d’autres, c’en est trop. Il s’agit du dernier carnet de notes d’un président de la République, porté disparu dans des conditions obscures après son assassinat, et dont le procès-verbal de constat du juge de paix, établi après les faits, ne fait aucune mention. Selon eux, Pierre Espérance, présenté par certains comme un acteur tout-puissant ou au-dessous de la loi, devrait remettre le fameux tikanè a et expliquer à la justice comment il l’aurait obtenu, toute suspicion devant être levée par les autorités compétentes.
Il faut noter que le RNDDH est l’une des organisations ayant produit le plus de rapports d’enquête sur des assassinats, des faits de corruption et des violations des droits humains sur le terrain depuis plus d’une vingtaine d’années. Si, pour certains, ces rapports pour la plupart sont jugés orientés et controversés par certains observateurs, pour d’autres, dans un pays où la corruption prédomine et où l’État de droit reste une utopie, les organisation de droits humains sont, pour la plupart, des cibles permanentes des corrompus et des bourreaux qui se croient au-dessus de la loi.
Mario Jean-Pierre

