Dans une réflexion sans concession, publiée ce lundi 27 avril 2026, le professeur d’université Jean Ardouin Esther Louis-Charles, émet une lecture critique sur l’expansion des groupes armés en Haïti. Un phénomène considéré comme sujet tabou , en raison de trop d’intérêts qui seraient mis en cause pour permettre un débat serein au sein de la société.
S’interrogeant sur le sens des actions menées par le regroupement « Viv Ansanm », l’universitaire invite à dépasser la simple condamnation morale. « Ces groupes armés systématiquement tuent, brûlent, brisent tout sur leur passage et ne laissent que désert et ruine », écrit-il, soulignant que leurs cibles englobent indistinctement les secteurs public et privé.
Pour le chercheur, ce comportement destructeur trouve ses racines dans une dynamique d’exclusion sociale prolongée. « Ces acteurs sont en train de prendre leur revanche sur la société qui les a exclus systématiquement de toute la richesse du pays », affirme-t-il.
Relégués « à la périphérie dans des bidonvilles extrêmement insalubres, dénués des services de l’État », ces jeunes deviennent, selon lui, une main-d’œuvre disponible pour des activités violentes.
Le texte insiste également sur les ressorts psychologiques de cette violence. « Ces conditions infrahumaines génèrent en eux une haine implacable contre le système », note le Dr Louis-Charles, pointant aussi le rôle de « politiciens véreux », d’« oligarques corrompus » et « la main infernale de l’étranger ».
Sur le plan économique, il évoque une logique de survie : « Pour survivre, ils utilisent les moyens disponibles (…) et monétisent leur force de jeunesse désœuvrée ». Il ajoute que « le taux d’urbanisation de plus de 60 % » et la forte densité démographique constituent « un terreau très fertile pour les actes criminels ».
En conclusion, le professeur dresse un constat sévère : « Ayiti a créé ses propres fossoyeurs ». Il appelle à un sursaut fondé sur « les principes au nom desquels Anténor Firmin a toujours lutté » et sur « les valeurs préconisées par Leslie François Manigat : honnêteté, culte du bien public, compétence ». Sans ces repères, prévient-il, « pas de réhabilitation des Haïtiens ».
Jean-Samson Étienne
